Maxime Chattam « Le déclic pour moi, c’était Stand By Me… Le film ! » (Quais du Polar 2019)

 

 

INTERVIEW. Numéro 1 des ventes dès sa sortie avec Le Signal (Albin Michel), l’écrivain s’est inspiré du couple qu’il forme avec l’animatrice Faustine Bollaert pour imaginer ce roman d’épouvante glaçant qui se déroule en Amérique et joue sur les peurs de notre enfance. Il est en dédicace à Lyon pour Quais du Polar 2019, le samedi 30 mars et participe à une rencontre sur "La littérature comme arme de défense des droits de l'enfant" de 12 à 13h avec Olivier Norek à La Chapelle de la Trinité (29, rue de la Bourse, Lyon).

 

Où écris-tu ?

Dans un bureau avec vue sur une forêt. J’y ai aménagé un cabinet de curiosités avec un mélange d’objets vrais et faux dont je me suis entouré. Sous verre, j’ai une mallette avec un crucifix, un crâne bizarre comme celui d’un vampire, et un papier qui donne du crédit à cela, indiquant que l’ensemble appartenait à Bram Stoker (auteur de Dracula) lors d’un séjour en Transylvanie. Bien sûr, il n’y est jamais allé. Je travaille là, dans cet antre, de 9h à 19h qui doit faire 16 m2. Je n’aime pas écrire ailleurs. Aujourd’hui, 95 % de mes livres sont imaginés dans cet endroit.

Qu’est-ce que tu vois par ta fenêtre, si tu en as une ?

La forêt. Les cimes des arbres. C’est un environnement qui me convient parfaitement.

As-tu des petits rituels, des habitudes auxquelles tu ne déroges pas ?

Je devrais ?

Non… Cela dépend des auteurs.

Alors, j’aime bien brûler de l’encens, allumer une bougie et je bois du café ou du thé selon l’humeur. J’écoute aussi de la musique mais il faut qu’elle soit sans paroles. Je veux dire sans chanteur sinon je me déconcentre. Avant de me lancer dans un livre, je collectionne des bandes originales de films, une trentaine voire une quarantaine, puis quand je suis parti pour écrire, je me joue cinq ou six Cds en boucle.

Quand écris-tu ?

Tout le temps. Je m’arrête pour m’occuper des enfants, au plus tard à 19h15 mais en gros, c’est 9h/19h, cinq jours par semaine, dix mois et demi par an. Mais je me garde une à trois heures pour regarder un film. Parfois, il m’arrive de bosser aussi en vacances, ce qui agace un peu Faustine mais quand j’arrive sur la fin d’un livre, je deviens obsessionnel. Le bouquin me brûle les doigts. Il faut que je m’y remette vite, vite… Je m’arrange pour me lever très tôt pour essayer de ne déranger personne. Quand je mets le mot « fin », je suis lessivé, rincé, claqué. Je me repose… Un peu. Et je repars sur un nouveau projet. J’ai fait le compte récemment. J’ai dix-sept livres en tête ou dans un coin de mon ordinateur. Je n’ai jamais eu le syndrome de la page blanche. Comme je vieillis - comme tout le monde d’ailleurs !-, tous ne verront peut-être pas le jour et d’autres idées me viendront aussi. En fait, écrire pour moi est un plaisir car il me permet de matérialiser avec des mots l’histoire que j’ai en tête. C’est le « process » qui m’éclate. Quand le livre est fini, ma joie est passée. Là, par exemple, on me parle du Signal mais j’ai déjà écrit un tiers de mon prochain roman.

Dans Le Signal, qui raconte l’histoire d’un couple, Tom et Olivia, qui achète une maison isolée aux Etats-Unis, lui est dramaturge. Et elle, une star de la télé. C’est un hasard ?

Non. Pour qu’un roman d’épouvante fonctionne, il faut que les personnages soient ultra crédibles. J’aurai pu les inventer, mais cela m’amusait aussi de nous mettre en scène. J’ai commencé par piquer des expressions, des attitudes à Faustine pour le personnage d’Olivia, vedette d’une émission du matin obligée de faire attention à l’image qu’elle renvoie. Au bout d’un moment, le réel et Faustine se sont invités dans Le Signal. Et j’ai assumé. C’est la première fois en 23 livres.

Et généralement, comment crées-tu tes personnages ? T’appuies-tu sur des photos, des gens que tu connais ?

C’est plutôt une représentation mentale que physique. Quand je sens que le personnage est prêt, je le fige dans ma tête. Il m’arrive des fois de glisser quelqu’un que je connais dans l’histoire, mais c’est de l’ordre du clin d’œil. Dans Le Signal, par exemple, il y a un docteur qui porte le nom d’un médecin qui m’a filé un coup de main pour l’intrigue.

Comment est venue l’idée de ce roman ?

Je descendais au sous-sol sans allumer la lumière, genre : « Je suis un grand garçon, je n’ai pas peur dans le noir. » Et tout d’un coup, je me suis imaginé que le néon crépitait, s’éteignait un quart de seconde, et se rallumait. En face, à deux mètres, un inconnu me dévisageait.

Te souviens-tu du moment précis où tu t’es dis : « Je vais écrire des histoires » ?

Après avoir vu Stand By Me (1986) de Rob Reiner. J’avais 10 ans. Le film m’avait mis mal à l’aise et pourtant j’avais adoré. Je me prenais pour Tom Sawyer dans ma petite ville de banlieue, et je me sauvais la nuit pour traverser la Seine en barque avec des copains et chercher un trésor sur une île. Mais la réalité me décevait. J’ai commencé à imaginer des histoires. A 14 ans, j’ai piqué une machine à écrire à ma mère et j’ai débuté par un récit de Stand By Me, comme si je le racontais à mes potes. Cela tenait sur 7 ou 8 pages. Puis, j’ai découvert Lovecraft et que le plaisir était dans l’écriture. J’étais très misanthrope, je me guérissais de mes petites frustrations avec ces histoires mais j’étais nul en français, catastrophique même jusqu’en classe de seconde où une prof a fini par remarquer que j’écrivais tout le temps des trucs. Elle a mis la main dessus, les a lus et m’a dit en gros que le fond était bon mais la forme exécrable. Je faisais quatre fautes d’orthographe par phrase. Elle m’a alors mis une pression de folie, m’a fait faire des exercices, m’a appris les règles grammaire. J’ai fini par avoir 19/20 à l’oral. Pour l’écrit, je ne me souviens pas.

Tu écris des thrillers, des polars, des romans d’épouvante. Peut-on dire que le mal te fascine ? Et si c’est le cas, pourquoi ?

Oui, le mal me fascine mais pas par opposition au bien, ou dans un sens religieux. Ca, je le mets de côté. Ce qui m’intéresse, c’est la pulsion. J’essaie de la décortiquer dans mes livres. J’applique une démarche intellectuelle pour quelque chose qui finalement ne s’explique peut-être pas. Et désolé, je n’ai pas de trauma qui pourrait expliquer cette fascination. Je suis quelqu’un de très optimiste et pourtant, c’est le pire qui m’attire.

Tu as vendu plus de 8 millions de livres. Des auteurs comme Jean-Christophe Grangé, Bernard Minier ou Michel Bussi sont adaptés à la télé ou au cinéma. Et pas toi ?

Je connais ces univers et je m’en méfie. J’ai été comédien. Pas longtemps mais suffisamment longtemps. Je suis un obsédé du contrôle. Des choses sont en cours, mais je n’ai pas fait encore les bonnes rencontres.

 

Interview Frédérick Rapilly

  • Le Signal (Editions Albin Michel)

 

 

Maxime Chattam (photo @Jean-François Robert / Albin Michel)

Maxime Chattam (photo @Jean-François Robert / Albin Michel)

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J
Formidable ! Maxime Chattam que j'ai découverts en 2003 quand je cherchais un livre à lire. Soit Patricia Cornwell ou Robin Cook, et puis j'ai regardé la couverture de l'âme du mal, le 1er livre de la trilogie du mal, et ensuite, je suis vite devenue accroc de ses thrillers qui glacent, qui me font flipper à haut niveau surtout "Le signal" que j'ai adoré tout autant qu'il m'a fait flipper. J'ai poussé de ces gueuleries la nuit chez moi avec les craquements des boiseries de mes charpentes, des portes. Ma maison est riche en crépis blanc et pleins de boiseries, et l'electronique...) C'est la première fois que je flippe vraiment sur un livre. Mais "LE SIGNAL" est mon coup de coeur le plus grand car il a bien failli me tuer ! Chaque livre de Maxime Chattam me renvoyait des émotions différentes, mai sje n'ai jamais flippée comme avec "lE SIGNAL" c'est une oeuvre vraiment GENIALE !
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