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Thrillermaniac

Thrillermaniac

Ce blog est consacré aux polars, thrillers et romans noirs, français ou étrangers. Je publie aussi régulièrement des interviews d'auteurs. Coups de coeur, et parfois (c'est rare !), coups d'aigreur. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ! ;-)


David Khara : "Contrairement à ce que claironne Yann Moix, n'oubliez jamais le lecteur !"

Publié par FRAP sur 6 Décembre 2016, 18:20pm

Catégories : #Thriller, #Amérique, #Interview, #Terrorisme, #Etats-Unis, #Espionnage, #Suspens, #Services secrets, #Conspiration, #Avion, #Mafia

 

Quel est le premier livre qui t'a marqué ? Est-ce que tu te souviens d'une scène en particulier ?

 

Mon premier grand souvenir littéraire est, sans doute possible, « Le Désert des Tartares » de Dino Buzzati. Je n’ai jamais osé le relire tant ce roman m’avait ému. D’une certaine manière, Buzatti m’a introduit à Shakespeare et aux dramaturges grecs par son approche désabusée de l’ironie du sort.  Son rapport à la maladie, à l’attente, à l’espoir déçu m’a profondément marqué alors que j’étais très jeune quand je l’ai lu. Je n’ai jamais retrouvé une émotion semblable, mais c’est toute la magie du premier roman marquant !

 

 

 

Est-ce que, très tôt, tu t'es dit «Moi aussi, un jour, je raconterai des histoires" ou étais-ce quelque chose qui te semblait, soit inaccessible, soit très loin de toi ?

 

Ta question est d’une pertinence telle qu’on pourrait se demander si tu ne me connaitrais pas par cœur… Je me suis effectivement dit assez tôt qu’un jour, je raconterai des histoires. Le souvenir du jour J est encore très vivace. C’était un week-end d’aout 1986. Je venais d’avoir dix-sept ans et ce jour-là, j’achevais la lecture du dernier tome de « La Quête de l’Oiseau du Temps », dessinée par Loisel et écrite par Le Tendre. La conclusion de la saga m’a bouleversé. Au-delà du dessin sublime de Régis, les mots de Serge, sa parabole sur la paternité espérée, son approche de la folie, de la nostalgie et surtout, l’incroyable tendresse qui émane de sa conclusion m’ont marqué au fer rouge. J’ai refermé la BD les yeux embués en me demandant qui était le grand malade capable de déclencher un tel séisme émotionnel. A cet instant, je me suis dit que j’aimerais être capable, non seulement de raconter des histoires, mais aussi de transmettre moi-même des émotions, un jour.

Les hasards de la vie ont fait que Serge a été mon premier lecteur « professionnel ». Il a été le premier à me dire que j’étais un auteur et aujourd’hui, il a adapté deux de mes romans pour les éditions Dargaud, avec Fred Peynet au dessin. C’est un immense honneur que de voir mon mentor s’approprier mes personnages et mes mots. Mais plus encore, c’est une joie indicible d’être son ami. Si je ne devais nourrir qu’une ambition, ce serait d’être, un peu, son héritier.

Par contre, du haut de mes dix-sept ans, je n’ai jamais envisagé être publié ni écrire quoi que ce soit. J’aurais aimé transmettre ce que j’avais reçu, mais je n’ai jamais envisagé une carrière

 

 

 

Tu as travaillé comme journaliste, puis dans la communication et la publicité, est-ce là que tu as développé des compétences ou un talent d'écriture, ou considères-tu que cela n'a rien à voir ?

 

Je ne sais pas si j’ai la moindre compétence ni le moindre talent d’écriture. Par contre, il évident que le journalisme et la publicité sont des écoles d’écriture, chacune spécifique, et dont les spécificités se retrouvent dans l’écriture romanesque. Le journalisme apprend la rigueur et la précision. La publicité apprend à se fondre dans la peau d’un personnage souvent très éloigné de soi-même, et à passer un message impactant avec une grande économie de moyen. Précision et concision font aujourd’hui partie intégrante de mon écriture. D’ailleurs, de nombreux journalistes et publicitaires sont devenus romanciers. Trop pour que cela soit le seul fruit du hasard !

 

 

Te souviens-tu de tes notes au bac de français ? Et du ou des sujets sur lequel ou lesquels tu avais planché ?

 

 

Je me souviens des notes. Dix à l’écrit (et j’en avais été profondément vexé !) et seize à l’oral. Par contre, les sujets errent dans les limbes de ma mémoire défaillante. Pour tout te dire, j’ai passé plus de temps à faire du sport qu’à préparer mon bac, et j’ai traversé cet examen avec une insouciance coupable…

 

 

Pour "Atomes Crochus", ton dernier thriller, tu t'es rendu aux Etats-Unis où tu as rencontré des vétérans du FBI. En quoi, cela a-t-il changé ou non ta façon d'écrire ? Est-ce que généralement tu as une démarche de journaliste quand tu travailles sur tes romans comme le font de plus en plus Franck Thilliez ou Bernard Minier ?

 

Autant ma visite au siège du FBI de New York restera un grand moment de mon existence, autant cela n’a en rien changé ma façon d’écrire. Comme la plupart des auteurs de thrillers, je passe énormément de temps à me documenter. C’est un passage incontournable quand on écrit des romans ancrés dans la réalité, particulièrement dans les domaines historiques, médicaux et scientifiques ou la précision est absolument nécessaire. J’ai adopté cette démarche depuis mon premier roman et j’ai toujours travaillé à partir de documents ou de témoignages d’une extrême précision. A partir du moment où tu écris un divertissement assumé, l’exactitude de ta documentation est capitale car le voyage que tu proposes à ton lecteur devient une opportunité de découverte et d’apprentissage.

Pour revenir à la base de ta question, je n’ai pas rencontré que des vétérans, mais aussi de jeunes agents qui ne s’étaient pas encore confrontés au terrain. L’opportunité de les utiliser comme personnages était trop belle et je n’ai pas su y résister. Ils ont très gentiment accepté de me servir de modèles.

 

 

 

Tu as écrit déjà 7 romans. Comment travailles-tu ? As-tu mis au point une méthode au fil du temps ? Commences-tu par les personnages ou par l'intrigue, voire juste le titre ?

 

Je ne parlerai pas de méthode, mais plus de constantes. Je pars d’un propos sous-jacent, la partie de l’histoire cachée dans ce qui semble être l’histoire principale. Ensuite viennent les personnages que je vais confronter à l’intrigue. Je dispose d’un début, d’un milieu et d’une fin. Comment les points se relient, je l’ignore à chaque fois et c’est ce qui rend l’écriture à la fois amusante et angoissante. La part d’inconnu participe à la construction de l’ensemble et exige une grande rigueur dans la maîtrise de l’histoire. Le titre provient généralement du texte. A la rigueur, la méthode principale consiste à ne pas en avoir. Je travaille sans note, sans plan, tout se construit dans mon esprit, parfois jusqu’à la saturation. Coucher l’intrigue revient à me vider l’esprit. Qui se recharge illico pour le prochain roman…

 

 

Où travailles-tu aujourd'hui ? Peux-tu décrire l'endroit, ce que tu vois autour de toi ?

 

Je travaille essentiellement chez moi. L’été, cela se passe dans mon jardin, au soleil. J’aime quitter l’écran des yeux pour profiter de la verdure et du ciel bleu. L’hiver, je travaille dans mon bureau, avec ma vidéothèque dans le dos, mes bibliothèques sur les côtés et une réplique du casque de Kylo Ren (cf. « Star Wars ») face à moi. Parfois, je vais écrire dans un restaurant rennais dont l’équipe et le patron m’accueillent toujours avec beaucoup de gentillesse. Cela me permet de briser un peu la solitude inhérente à cet étrange métier…

 

 

As-tu développé des rituels au fil du temps : rouler 40 kilomètres en vélo avant chaque chapitre, boire un litre de jus de céleri entre deux paragraphes, danser la zumba ou fumer une clope toutes les heures...

 

Depuis que je ne fume plus (moins, disons plutôt), mon rituel s’est allégé. Je commence par ouvrir mon ordinateur portable, puis je chausse mes lunettes, et je pose ma tasse de café à ma droite, jamais à ma gauche sans trop savoir pourquoi. Ensuite, plus rien n’existe pendant des heures. Promis, j’essaierai la zumba !

 

Quand tu commences une nouvelle histoire, en connais-tu la fin ?

 

Je connais toujours la fin, voire carrément la phrase de fin, sans quoi je pense que je ne me lancerai pas. Dans le cas « d’Atomes Crochus », j’ai même écris le roman à l’envers, en remontant l’histoire depuis son dénouement.

 

 

Pour tes personnages, prenons ceux « d'Atomes Crochus », t'inspires-tu de gens croisés dans la vie (éventuellement de lecteurs ou d'amis, voire d'ennemis), d'acteurs comme le fait Ken Follet qui découpe des photos dans les magazines, ou encore autre chose ?

 

 

Dans « Atomes », les agents du FBI sont basés sur ceux que j’ai rencontré, Stephanie Shark étant même devenue une amie. Après, d’une manière générale, tout le monde m’inspire d’une manière ou d’une autre. Souvent, je regarde des gens dans la rue, à la terrasse des cafés et je me demande quelles sont les causes de leur comportement, de leur tenue vestimentaire, d’où ils viennent et où ils vont. Ma nature profonde est de me mettre en retrait de l’humanité pour mieux l’observer, et cela me sert énormément. En gros, croiser la route d’un écrivain, c’est courir le risque de retrouver des bouts de soi, de sa vie, de ses joies et de ses peines dans l’un de ses romans. Quant à ta référence à Ken Follet, elle est d’autant plus amusante que je ne suis parti qu’une seule fois d’un acteur, et justement pour le personnage d’Enzo qui m’a été physiquement inspiré par Joe Manganiello (cf. les films Spiderman, la série True Blood).

 

 

Dans ton écriture, t'imposes-tu des règles ? Pas de phrase commençant par "Et", pas plus de douze mots, etc. Ou pars-tu à l'aventure ?

 

J’ai encore des difficultés à me dire écrivain, alors tu penses bien que si je m’impose des règles en plus… (Rires)

 

 

Tu disais adorer Dennis Lehane à tes débuts, tu en fais même ton maître absolu, aujourd'hui qui ou que lis-tu ?

 

 

Je n’ai jamais aussi peu lu que depuis que j’écris. C’est triste mais c’est ainsi. J’ai relu quatre romans de Dennis Lehanne cet été, et je m’apprête à entamer « Le Cinquième Evangile » (d’Ian Caldwell). Ensuite, je prévois de me lancer dans la lecture de « Rêver », de Franck Thilliez, puis « Le Sixième sommeil » de Bernard Werber.

 

 

Tes lecteurs ne le savent peut-être pas, mais tu un grand fan de comics (Strange, Mutant...). Est-ce que l'adaptation du « Projet Bleiberg » en bande dessinée (avec "Les Fantômes du passé" qui sort le 20 janvier chez Dargaud avec Serge Le Tendre au scénario et Frédéric Peynet au dessin) en est une sorte d'aboutissement ? D'ailleurs, est-ce que les trois volets des "Projets" sont prévus ? Pourrait-il y avoir une suite, un prequel ou des spin-off des aventures d'Eytan, le héros du "Projet Bleiberg" comme cela a été fait pour "XIII" de Jean Van Hamme (édité aussi chez Dargaud... tiens, tiens )?

 

L’adaptation BD, plus que les projets cinématographiques, me tient à cœur car Serge n’est pas simplement mon ami, il est aussi mon mentor. C’est lui qui m’a donné l’envie d’écrire quand j’ai terminé « La Quête de l’Oiseau du Temps. » Etre adapté par ses soins est le plus grand honneur que l’on pouvait me faire. A mes yeux, c’est beaucoup plus important émotionnellement que professionnellement. Quant à Fred, il a accompli un travail remarquable, tant dans la captation des personnages que dans la dynamique de la BD qui est pour le moins explosive !

Pour l’instant, « Le Projet Bleiberg » est adapté en trois tomes, laissons le temps à Frédéric d’achever son travail avant de passer à « Shiro. » (Rires).
Il n’y aura pas vraiment de prequel, mais une deuxième trilogie est prévue…

 

 

Question pompière : si ta bibliothèque partait en flammes, quel livre (ou BD) sauverais-tu ? Ou autre chose ?

 

Sans hésiter, je sauve le dernier tome de « La Quête de l’Oiseau du Temps. »

 

Et pour finir, quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un auteur en herbe ?

 

Ne jamais écouter ceux qui prétendent que c’est impossible. C’est compliqué, certes, mais pas impossible et c’est tout ce que démontre mon parcours. Il faut accepter la critique, se remettre en cause en permanence, trouver le juste équilibre entre le doute et les certitudes. Contrairement à ce que claironne Yann Moix, n’oubliez jamais le lecteur. C’est à lui que vous parlez, pour lui que vous travaillez, et croyez-moi, écrire un roman demande énormément de travail.

Dernier point, capital à mes yeux : soyez humble.

 

Et pour finir (bis), peux-tu rassurer tes lecteurs sur ce qui se passe lors des réunions des membres de La Ligue de l'imaginaire dont tu fais partie avec une dizaine d'auteurs... Selon les diverses rumeurs, cela oscille entre les messes noires, les parties de loup-garou et les bonnes bouffes. Qu'en est-il réellement ?

 

Alors sois rassuré, nous avons abandonné depuis peu les sacrifices humains. A force, la disparition de certains lecteurs aurait fini par attirer l’attention. Du coup, nous en restons aux bouffes et aux coups de fil pour prendre des nouvelles les uns des autres. Nos emplois du temps sont compliqués à coordonner et nos membres sont éparpillés entre la Belgique, l’Espagne et la Corse. En fait, mais il ne faut pas le dire trop fort, nous avons lancé notre grand projet d’invasion de l’Europe. Et peut-être un jour, le monde !

 

Propos recueillis par Frédérick Rapilly (décembre 2016)

 

Photo Astrid di Crollalanza Copyright : Flammarion

Photo Astrid di Crollalanza Copyright : Flammarion

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