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Thrillermaniac

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Ce blog est consacré aux polars, thrillers et romans noirs, français ou étrangers. Et parfois aussi séries télé ou films. Je publie aussi régulièrement des interviews d'auteurs. Coups de coeur, et parfois (c'est rare !), coups d'aigreur. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ! ;-)


(Quai du polar 2017) Marc Fernandez : « Tant que c’est vraisemblable… J’ai fait mienne cette pensée de Pierre Lemaître. »

Publié par Frédérick Rapilly sur 22 Mars 2017, 18:36pm

Catégories : #Polar, #Espagne, #Franco

Marc Fernandez (France) est l'un des invités à Quai du Polar 2017 parmi plus de 100 auteurs conviés.

INTERVIEW. D’habitude, c’est lui qui pose les questions… Mais voilà, Marc Fernandez * publie son premier roman, Mala Vida (chez Préludes), dont le titre évoque un morceau culte du groupe rock La Mano Negra. De rock, il n’en n’est pas vraiment question dans ce polar très documenté qui se déroule en Espagne. L’histoire est celle d’une femme qui exécute l’un après l’autre, un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier, une religieuse… Pourquoi ? Qu’est-ce qui réunit ces victimes ? L’occasion pour Marc Fernandez de revenir sur un pan méconnu de la dictature de Franco.

* Il est le cofondateur de la revue Alibi, consacrée au polar.

Qu'est-ce qui t'a donné envie "d'écrire", de passer du journalisme au roman ? Y-a-t-il eu un déclic en particulier ?

J'avais commencé à enquêter, comme journaliste, sur l'histoire des bébés volés du franquisme. L'idée était éventuellement d'en faire un livre d'enquête, voire un documentaire pour la télé. Mais je n'y arrivais pas sans trop comprendre pourquoi. Et je me suis rendu compte, en fait, que j'étais en réalité très touché par ce sujet puisque je suis moi-même espagnol (j'ai la double nationalité), que la grande majorité de ma famille vit en Espagne et que ce sujet est encore très délicat, pour ne pas dire tabou, là-bas. Un jour, j'ai dit stop. Je me suis dit que j'allais en faire un roman et j'ai jeté toute ma documentation pour ne pas être tenté de regarder dedans. Je voulais faire une fiction, un roman, donc pas besoin de doc, il fallait que l'ensemble soit réaliste, vraisemblable, mais Mala Vida n'est pas la vérité sur cette affaire. C'est sans doute ma vérité et ma vision des choses. J'avais vraiment envie de raconter une histoire, celle-ci en particulier. Mais j'insiste, c'est une fiction.

Harlan Coben écrit dans des Starbuck's, Jacques Expert sur un grand bureau qui a appartenu à Francis Ford Coppola… Où écris-tu ? As-tu un lieu habituel/fétiche, et si oui, peux-tu le décrire? Qu'est-ce que tu vois par la fenêtre (si tu en as une) ?

J'ai envie de répondre que j'écris un peu partout. Un défaut de journaliste qui vient du reportage j'imagine… Après, plus sérieusement, j'écris chez moi, dans mon bureau. Une pièce que j'ai réussi pour le moment à préserver malgré mes deux enfants, où il y a beaucoup de livres (à 90% des polars...), de papiers, des cahiers, des boites d'archives. Je suis un peu bordélique (pardon pour l'expression) mais je sais très bien où se trouve quoi... C'est un bureau aux murs gris et blanc, le meuble en lui-même est blanc et vient d'une grande marque suédoise, rien d'extraordinaire. C'est le côté pratique qui m'importe dans ce cas là.

Comment écris-tu ? Je précise : est-ce que tu as des manies, des rituels (fumer un cigarette, écouter de la musique, boire du café, mâcher du chewing-gum...), et quels sont-ils ?

J'écris souvent le soir, la nuit. Je ne suis pas du matin et j'ai beaucoup de mal à trouver l'inspiration au réveil. Je ne fume pas devant mon ordinateur, ce qui permet de se ménager des petites pauses clopes, s'arrêter un instant, prendre du recul. Beaucoup de café, ça oui... Passé une certaine heure du déca, quelques bonbons aussi. Et un iMac. Mais comme l'inspiration peut venir sans prévenir, j'avais un cahier, offert par un ami à qui j'avais dit que je ne l'utiliserai que pour mon roman, dans lequel j'écrivais des passages entiers de Mala Vida, posé dans un café souvent.

Quand tu écris, est-ce que tu arrêtes de lire ? Ce qui me paraîtrait difficile vu ton métier...

Impossible d'arrêter de lire en effet vu que je tiens une chronique polar hebdomadaire pour Metronews... Ce qui est vrai c'est que j'ai mis quelques livres de côté durant l'écriture pour ne pas être influencé ou complexé :-) Je pense par exemple au dernier roman de Victor del Arbol (« Toutes les vagues de l’océan », Editions Actes Sud). Un écrivain espagnol que j'adore et qui traite des thématiques proches des miennes, la mémoire, l'histoire, etc. Je trouve que c'est l'héritier des Montalban et Ledesma, un grand styliste. Quand il m'a offert son livre je lui ai dit que je le lirai, une fois le mien terminé !

Avant de te lancer dans Mala Vida, est-ce que tu as étudié la façon d'écrire un roman en lisant par exemple les conseils aux auteurs de Stephen King, ou t'es-tu lancé à l'aventure sans savoir ?

Je n'ai pas étudié des méthodes d'écriture à proprement parlé, du moins pas dans cette optique mais j'avais lu par curiosité il y a plusieurs années le livre de King (« Ecriture : mémoires d’un métier »). Tout comme les conseils d'écriture d'Elmore Leonard. J'avais aussi, plus récemment, beaucoup apprécié le livre de Dany Laferrière, Journal d'un écrivain en pyjama, dans lequel il parle de sa vie d'écrivain et donne quelques conseils intéressants. Mais je crois qu'au final, il faut y aller, se lancer et écrire, écrire, écrire.

Ton roman s'inspire de faits réels *, tu es d'origine espagnol (je crois) : est-ce que c'est une histoire qui s'inspire de choses qui touchent ta famille ? Et si oui, as-tu besoin pour écrire d'être touché "personnellement" par ton histoire, ou au contraire, penses-tu que ton prochain roman sera complétement "imaginaire" ?

Oui j'ai la double nationalité, je suis donc touché par cette histoire horrible. Ma famille, de ce que j'en sais, n'a pas été touché par cela même si, tu t’en doutes, si je suis ici à écrire en français, c'est que mes grands-parents et mes parents ont du quitter le pays car ils n'étaient pas franchement du côté des franquistes... Je ne sais pas si j'ai besoin d'être touché pour écrire, quoi que en te répondant… Je crois que oui. Pour écrire un roman, cela me paraît nécessaire. Je mets de côté mon travail de journaliste où là, paradoxalement, j'arrive bien à prendre de la distance même sur des histoires difficiles. Je pense qu'un roman est tout de même une mise à nue, consciente ou pas, et que l'auteur doit être touché un minimum par ce qu'il raconte, par ses personnages. C'est aussi une mise en abyme de soi, parfois une prise de risques.

Pour tes personnages, t'es-tu inspiré de gens que tu connaissais ou pas ? Le savent-ils ?

Oui, bon nombre de mes personnages sont inspirés de gens plus ou moins proches, souvent croisés lors de reportages ou d'enquêtes. La majorité n'est pas au courant. C'est le jeu de la fiction de brouiller les pistes. D'ailleurs mes personnages sont souvent des mélanges de plusieurs personnes que j’ai rencontrées. Ana la détective transexuelle est née à Madrid lors d'un reportage avec les trans de la capitale espagnole et m'a été inspirée par l'une d'elles.

Avec ton background de journaliste, as-tu fait des repérages sur les lieux, pris des photos ?

Non, aucun repérage, pas de photo. Comme je disais, j'ai jeté toute ma doc. Après, je connais suffisamment bien Madrid, Barcelone et Valence pour ne pas en avoir besoin. Et puis je le répète, et je fais mienne la pensée de Pierre Lemaître qu'il m'a lâchée lors d'une interview, tant que c'est vraisemblable, ça va. Si un lecteur s'attache à un détail (une rue mal située, un nom, une arme qui ne va pas), c'est que l'on a raté son coup. C'est l'histoire qui compte, l'ambiance, les personnages, pas que l'on se trompe dans la localisation d'un quartier.

Comment travailles-tu ton plan ? Est-ce que tu utilises un logiciel comme Franck Thilliez ou des Post-it comme Ken Follet ?

Pas de logiciel, pas de post-it, je fais ça à la main et sur Word, à l'ancienne donc. Et puis, de toute manière, mon plan de départ a explosé en vol durant l'écriture, donc beaucoup de ratures, de flèches, etc. !

Quand tu as commencé Mala Vida, avais-tu déjà ta fin en tête ?

Je l'avoue, je n'avais pas la fin en tête. Elle est venue au fil de l'écriture, comme une évidence car je voulais une fin ouverte. Mala Vida n'est pas un roman d'enquête avec les coupables à trouver, mais plutôt un roman noir avec une ambiance et des personnages qui interagissent entre eux.

Enfant, étais-tu du genre à raconter des histoires ou à écouter celles des autres ?

Je crois, c'est mon souvenir, que j'aimais bien écouter les histoires des autres et me raconter les miennes après, mais plutôt dans ma tête au départ...

Quel est le premier roman qui t'ait marqué ? Pourquoi ?

Ouh la, question difficile... J'imagine que le tout tout premier doit être un Club des cinq. J'aimais bien, il fallait enquêter, deviner qui avait fait quoi. Après, plus grand, Les dix petits nègres d'Agatha Christie. Puis De sang froid (Truman Capote), Necropolis (Herbert Lieberman) et Le Dahlia noir (James Ellroy) Et plus récemment, La Griffe du chien (Deon Meyer), le roman ultime sur le trafic de drogue.

Etais-tu bon élève en français ? Quelles étaient tes notes au bac ?

J'étais plutôt bon en français oui, en histoire aussi. Je peux dire que je n'étais pas un mauvais élève sauf dans les matières scientifiques qui me barbaient royalement. Moi j'aimais les mots, pas les chiffres... Aujourd'hui encore :). Mes notes au bac, je ne m'en souviens plus, je me rappelle que j'ai eu une meilleure note à l'écrit qu'à l'oral, mais combien, aucune idée.

Quelle est la part de toi présente dans ton roman ? Est-ce qu'un personnage est plus particulièrement investi par... toi ?

Difficile à dire, mais il y a une bonne part de moi, c'est sûr, de manière consciente et inconsciente. Beaucoup de lecteurs pensent que le personnage de Diego dans Mala Vida, c'est moi parce qu'il est journaliste, mais en fait, pas trop. Il y a plus de moi dans l'avocate, Isabel, que dans Diego. C'est ce qui est amusant à faire avec la fiction, emmener le lecteur vers des chemins qu'il croit balisés et puis non, finalement, on le trompe :-).

Quels sont tes auteurs de référence, en polars, ou autres ?

Truman Capote, James Ellroy, Victor del Arbol, Montalban, Taibo II, etc. Il y en a tant. Boris Vian aussi, Bukowski, Jonquet, Manchette, Pagan, Garcia Marquez. Je pourrais continuer longtemps...

As-tu songé à une suite de Mala Vida ? Quel sera le sujet de ton prochain roman ?

Oui ! Une suite ou du moins une nouvelle histoire dans laquelle on retrouvera un certain nombre des personnages de Mala Vida. Cette fois, on partira en Amérique latine, il y sera question de drogue et du Plan Condor, mais je ne peux en dire plus pour le moment...

Quand tu lis des romans, polars, thrillers, est-ce que tu t'intéresses au parcours de l'auteur ? Et penses-tu qu'il influe sur son écriture ? Dans ton cas, qu'est-ce qui t’handicape ou t’avantage ? Pourrais-tu écrire un roman à la première personne ?

Oui la plupart du temps j'aime bien savoir d'où vient l'auteur, son parcours, sa bio, sa vie, ses influences. Tout cela joue en effet dans son écriture. Qu'on le veuille ou non, notre écriture, notre style, sont le fruit de tout cela car l'écriture c'est la vie. Par contre, écrire un roman à la première personne, pour le moment, je ne m'en sens pas capable. Peut-être un jour, mais pas maintenant. Je ne suis pas encore prêt à me mettre complètement nu devant mes lecteurs...

Propos recueillis par Frédérick Rapilly (via email) le 4 novembre 2015

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