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Thrillermaniac

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Ce blog est consacré aux polars, thrillers et romans noirs, français ou étrangers. Je publie aussi régulièrement des interviews d'auteurs. Coups de coeur, et parfois (c'est rare !), coups d'aigreur. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ! ;-)


(Quai du Polar 2017) Alexis Aubenque : « J’aurai voulu avoir écrit Dune… »

Publié par Frédérick Rapilly et Marie-Laure Pinguin sur 22 Mars 2017, 18:36pm

Catégories : #polar, #Policier, #Amérique, #Alaska, #Noir

Alexis Aubenque (France) est l'un des invités de Quai du Polar 2017 parmi plus de 100 auteurs conviés.

 

INTERVIEW. Il est un peu le serial-writer du polar français… Pas moins de 10 romans depuis 2008 dont le dernier, « Tout le monde te haïra » sort le 5 novembre chez Robert Laffont. L’histoire, très noire, d’une jeune femme nommée Alice qui débarque à White Forest, un bled du sud de l’Alaska à la recherche de sa sœur disparue. Il est question d’un navire ayant sombré en 1920, d’une centaine d’orphelins russes dont on n’a jamais retrouvé les corps, d’un notable éventré pendu par les pieds, et éventré avec un harpon pour tuer les phoques. Le longiligne Montpelliérain à l’accent chantant, fasciné par l’Amérique, et qui aurait du (ou pu) devenir trader, raconte comment il s’est retrouvé… Ecrivain. Grâce notamment à Conan Le Barbare !

Plus jeune, au temps de ton enfance ou de ton adolescence, étais-tu déjà le genre de personne à raconter des histoires ?

En fait, j’ai toujours eu une imagination débordante. J’ai passé des milliers d’heures à faire le film de ma vie future dans ma tête. Je me racontais des histoires en écoutant de la musique. Un jour, je devenais une star du rock, un grand éditeur ou alors Président du monde. Et chaque fois, je me faisais toutes les scènes qui me conduisaient à mes buts. Ce n’était jamais facile, mais je m’en sortais toujours et au final j’arrivais à ce que je voulais. Ok, tout se passait dans ma tête, mais j’adorais m’imaginer toutes sortes de vies.

Quel est le premier livre dont tu te souviennes, et quelle scène en particulier ?

Pour ma part, je suis devenu un lecteur sur le tard, c’est à dire à 14 ans à mon entrée au lycée. Jusqu’alors, je ne lisais pas du tout, sauf par obligation scolaire et encore… Alors, je dirais que le virus m’a pris, non pas avec un auteur en particulier, mais avec une collection « Néo », dans laquelle j’ai découvert, l’été de mes 14 ans, deux auteurs qui m’ont marqué à tout jamais : Robert Howard (créateur des personnages de Conan Le Barbare et Solomon Kane, il est considéré comme le père de la Fantasy moderne au même titre que Tolkien) et Henry Rider Haggard (auteur de romans d’aventures). J’ai quasiment tout lu en l’espace d’un an. Puis ce fut, l’année suivante, avec Isaac Asimov, que je devenais addict pour la vie. Quant à une scène en particulier dont je me souviendrais, non, pas vraiment.

A quel moment, t'es-tu dit : "Je vais écrire des histoires." ?

C’est en fait un long processus. Je n’avais jamais pensé écrire de ma vie. J’étais avant tout un lecteur, et un fan. Mon rêve était de devenir éditeur, et c’est vraiment par hasard, durant mon service militaire, que je me suis amusé à écrire un début d’histoire et à ma surprise, je me suis rendu compte que ce n’était pas si mal que ça. Et de fait, mois après mois, j’ai continué à écrire jusqu’à ce qu’un jour, je bascule, et que je me prenne au sérieux. Je dirais qu’il m’aura fallu deux ans avant que je comprenne que ma vie serait d’être écrivain et rien d’autre. En fait, j’étais tellement persuadé que c’était impossible de réussir dans ce métier, que j’ai un peu douté au début, mais bon, je suis quelqu’un de très très persévérant… J

A l'école, étais-tu doué en français ? Que disaient les profs de français de toi ? Si tu t'en souviens...

La réponse est facile, j’étais moyen et rien ne m’intéressait moins que les cours de français. Moi, j’étais un matheux, un rationnel- type. Quant aux profs, ils étaient désespérés ! Maintenant je suppose qu’ils se sont tous suicidés en voyant que je suis devenu écrivain chez des éditeurs tels que Calmann-Levy ou Robert Laffont… J

Quand as-tu écrit ta première histoire ? De quoi s'agissait-il ?

A l’armée donc. C’était une histoire de science-fiction, mais je serais incapable de te dire de quoi elle parlait.

Comment as-tu été publié pour la première fois ?

Par chance. Durant des années (7 !!!), j’ai envoyé des manuscrits à divers éditeurs en priant pour que ce soit le bon. Mais à chaque fois j’obtenais des refus. Alors je me suis dit : « Monte à Paris et essaye de rencontrer les éditeurs ». J’ai donc quitté Montpellier avec un manuscrit sous le bras, puis je l’ai envoyé partout. Durant ce temps, j’ai travaillé, fait divers petits boulots, histoire de survivre ! Mais personne n’a voulu me recevoir, ni prendre mon manuscrit. C’est là que la chance entre en jeu. Mon agence d’intérim m’a envoyé dans une nouvelle Fnac qui venait d’ouvrir, la Fnac Saint Lazare. Ils recherchaient quelqu’un pour tenir le rayon de science-fiction, j’ai aussitôt dit : « Oui ». J’ai adoré être libraire durant près de dix ans. C’est grâce à ce métier que j’ai rencontré de nombreux éditeurs, qui m’ont tous refusé de prime abord mes manuscrits ! Mais comme je vous l’ai dit, je ne baisse jamais les bras et pour la faire courte, un jour l’un d’eux a dit « Banco ». C’était Florent Massot et son comparse Philippe Robinet. Le livre s’appelait La Chute des mondes. Un space-opéra introuvable de nos jours que j’aime toujours autant… J

As-tu pris des cours d'écriture, lu des méthodes ou les conseils de Stephen King aux auteurs ?

Non, pour ma part, ce furent (et ce sont encore) mes éditeurs qui m’ont tout appris : Florent Massot, Béatrice Duval, Deborah Kaufmann, Caroline Lamoulie et Glenn Tavennec.

Qui (quel auteur) t'a donné envie de te lancer ?

Aucun en particulier. C’est tout simplement par manque de space-opéra en librairie que j’ai voulu en écrire un.

Où écris-tu ? As-tu une maison, un appartement, un bureau, une chambre... Peux-tu décrire le lieu ? Ce que tu vois... As-tu une fenêtre ? Des post-it aux murs ? Des livres ?

Comme me l’a dit un jour François Laurent, je suis comme Cadet Roussel, j’ai plusieurs maisons... En fait, je vis entre Montpellier et Paris. Une maison dans le sud, et un appartement à Paris. Je travaille face à une fenêtre. A Montpellier, je vois mon jardin. A Paris, je vois le mur de l’immeuble d’en face ! Aucun post-it. Juste mon ordinateur, mes 4 doigts, et un stylo sur l’oreille !

Quand écris-tu ? Le matin, la journée, la nuit ? Peu importe ?

Tout le temps, sauf quand je dors… J

As-tu des rituels, des tics ? Comme écouter de la musique avant d'écrire, fumer un cigare, trucider une fourmi...

A part le stylo sur l’oreille ? Oui, disons que je passe des heures sur internet à regarder n’importe quoi pour me mettre en transe. Je connais toutes les news de Jean-Marc Morandini.com depuis sa création. Et j’écris en écoutant de la musique. Quel genre ? Cela dépend des scènes. La musique est un bien meilleur moyen que l’alcool pour me mettre en transe et m’ouvrir l’esprit à mes muses.

Quand tu commences un livre, connais-tu déjà la fin ?

Oui, surtout depuis que je fais du polar. C’est même une obligation pour moi. Mais une fois le livre commencé, la fin change souvent !!!!

Beaucoup de tes romans se déroulent aux Etats-Unis. Pourquoi ? Y es-tu déjà allé ? Fais-tu des repérages ?

Pourquoi les USA ? Parce que ça me fait rêver. J’ai démarré la lecture parce que je voulais vivre les aventures que je ne vivais pas. J’écris pour la même raison. Et moi, la France, ça ne me fait pas rêver. Surtout je suis fou de culture américaine. J’ai ce gros défaut, pour certains, d’aimer la musique rock, la science-fiction qui sont la panacée des Anglo-saxons. Sinon, quant à y être allé… Oui, très souvent mais dans mes rêves ! En fait, j’y ai mis les pieds une fois, et encore, c’était au Canada !

Pour tes personnages, comment travailles-tu ? Est-ce qu'ils sont tirés de la réalité, ou de ton imagination ? Est-ce qu'il y a un peu de toi dans l'un d'entre eux, ou pas ?

Réalité, imagination ? Je ne sais pas. Je prends des archétypes de personnages que je mitonne à ma sauce. Il y en a qui ont une fascination pour le flic de mauvaise vie, alcoolique, dépressif, accro aux putes et à la dope. Moi, j’aime plutôt les gentils flics. En fait, j’ai toujours adoré la figure du justicier. Pour moi le polar est le lieu de tous les fantasmes, où la réalité cadre avec mes aspirations. Dans la vraie vie, les ordures gagnent la plupart du temps, alors que dans mes romans policiers, c’est l’inverse, les pourritures payent toujours à la fin, ou presque ! Le monde est suffisamment déprimant pour que je ne passe pas mes journées à écrire des histoires sordides. Trop d’auteurs ont fini avec une corde autour du cou ou une cirrhose… Le côté auteur maudit, très peu pour moi, c’est d’un snob ! Plus sérieusement, ce que j’aime, c’est le gris. Des personnages ordinaires plutôt sympas comme nous le sommes tous, et qui se retrouvent à faire des choix qui vont les conduire du côté obscur…Quoi, je ne suis pas clair ? Je sais, j’aime bien dire tout et son contraire !

Consultes-tu des experts ou des spécialistes (criminologues, flics, médecins légistes...) pour valider ce que tu imagines ?

A part mon psy ? Non. En fait, j’ai bien un expert et il s’appelle Google ! Il n’est pas cher du tout et très efficace, capable de vous donner des renseignements pour lesquels il aurait fallu des années avant de les obtenir (et encore !) il y a vingt ans de cela.

Tu enchaînes les livres (déjà 21 si j'ai bien compté)... Comment fais-tu ? Est-ce que tu travailles sur plusieurs intrigues en même temps ?

J’ai un secret, Harlan Coben les écrit pour moi, et je n’ai plus qu’à les signer ! Sans blague, je travaille un livre après l’autre. C’est déjà assez dur d’en faire un, alors deux, c’est deux fois la folie pure. J’ai déjà essayé mais au bout de deux jours, j’étais bon pour l’asile. En vérité 6 mois me sont suffisants pour écrire un livre. Je ne fais que ça. Et je n’ai pas d’autre activité professionnelle à côté. Simenon écrivait un livre en une semaine, Jules Verne en trois mois. Et tous les deux sont dans la Pléiade. Parfois, je me dis que je suis trop lent !

Si tu n''étais pas devenu écrivain, qu'aurais-tu fait ? Ou voulu faire ?

Trader. J’ai une maîtrise en sciences économiques, option banque et finance. J’aurais dû finir à la Défense avec un joli costard et cravate de lin. Mais la Finance, c’est tellement surfait !!! Et si je n’étais pas devenu écrivain, eh bien, gagnant du loto. J’aurais adoré. Mais comme je ne joue pas, … j’écris !

Quel genre de littérature lis-tu ? As-tu des auteurs fétiches, étrangers, ou français ?

Littérature de genre : Policier, Science-fiction, Fantastique, et quand j’ai des coups de folie, de la littérature française. Oui, j’ai des auteurs fétiches, en science-fiction. Frank Herbert : pour moi le plus grand écrivain de tous les temps, un pur génie. J’aime tout ce qu’il a fait, et en particulier toute la série Dune jusqu’à son dernier tome dont la fin m’a cloué sur place !!!! Quel choc !! Dan Simmons : tout n’est pas génial selon moi. Mais le cycle d’Hyperion et celui d’Ilium restent des œuvres qui m’ont bouleversé. Et enfin Robert Silverberg (Chroniques de Majipoor, L’homme stochastique… . Un génie à l’état pur. En polar : J’adore tous mes collègues français. Et je n’en citerai aucun pour ne pas faire de jaloux !!!! Chez les Américains, je citerai James Ellroy, Keith Ablow, Robert Crais. Et ceux du reste du monde… Il existe autre chose que la France et l’Amérique ? Non, sérieux ?

S'il y avait un seul livre que tu aurais voulu avoir écrit.

Dune.

Si ta bibliothèque brûle, lequel sauves-tu ? Et Pourquoi ?

Au risque de me répéter Dune, car il y a tout ce que j’aime dans ce livre. Des décors incroyables, des dialogues savoureux, des batailles dantesques, de l’amour, de la passion, de la trahison, de la misère, de la grandeur, de la bassesse, du désespoir, de l’horreur. Bref, un condensé de ce qui fait de nous des êtres humains, avec nos qualités, mais surtout tous nos défauts…

Propos recueillis par Frédérick Rapilly (via email) le 4 novembre 2015

(Quai du Polar 2017) Alexis Aubenque : « J’aurai voulu avoir écrit Dune… »

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