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Thrillermaniac

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Ce blog est consacré aux polars, thrillers et romans noirs, français ou étrangers. Je publie aussi régulièrement des interviews d'auteurs. Coups de coeur, et parfois (c'est rare !), coups d'aigreur. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ! ;-)


Michaël Mention (Partie 1) " Le premier livre marquant ? "Christine" de Stephen King !"

Publié par Frédérick Rapilly sur 1 Avril 2015, 18:01pm

Catégories : #Auteur Français, #polar, #Roman noir, #suspens

INTERVIEW. Lunettes, rouflaquettes (ou presque), le Marseillais Michaël Mention n’a pas, au premier abord, la faconde envahissante du méridional. Plutôt en retrait, un poil timide. Fan de rock (je crois qu’il aime Led Zeppelin) et de cinéma (selon sa bio officielle), cet auteur, éminent membre du collectif Satori Noir *, a déjà publié une demi douzaine de romans. Plutôt noirs, écriture au scalpel dont « Adieu Demain » (Payot et Rivages), « Sale Temps pour le pays » (Rivages/noir), « Jeudi Noir » (Ombres Noires)… Un petit péché ? Il lit New Noise, un magazine sur le rock hardcore. Et même pas en cachette !

(PARTIE 1)

Quel est le premier livre que tu aies lu ? Ou du moins le premier qui t’ait laissé un souvenir marquant ?

Le premier doit être un bibliothèque verte, genre Langelot (l’espion pour ados), mais le premier à m’avoir marqué est Christine de King. J’avais douze ans, j’étais en colo et il m’était impossible de lâcher le livre, au point que j’ai raté la « boum » du soir. Je me souviens d’avoir eu la sensation d’accéder à quelque chose d’inédit, de rare, qui mêlait noirceur extrême et profonde humanité : l’histoire d’amitié au cœur de Christine m’avait beaucoup touché ainsi que la violence de certains passages, comme celui où la voiture écrase à répétition le cadavre de Moochie.

Dans ta famille, est-ce que l’on était porté sur la lecture comme loisir ?

Mon entourage avait sans doute plus lu par le passé qu’il ne lisait, c’est l’impression que j’ai toujours eue. Il y avait beaucoup de livres, essentiellement politiques, socioculturels, etc. j’ai grandi dans un univers très « gaucho », où j’ai vite appris à nuancer les points de vue et à m’intéresser à une certaine culture de droite, à l’époque où ce clivage signifiait encore quelque chose. À cette époque, l’un de mes cousins lisait des Marvel, des Strange, Rahan et - naturellement - je m’y suis mis. Les racines de mon écriture sont là, entre social et pop.

Enfant, te souviens-tu si tu écoutais les autres raconter des histoires ou si c’est toi qui prenais la parole pour les raconter ?

Gamin, j’étais très timide : réciter une poésie en classe était un calvaire. J’étais solitaire, je passais des week-ends à dessiner dans ma chambre. La solitude n’était pénible qu’à l’école. Du coup, j’ai outrepassé ma timidité et je suis devenu celui qui déconne, qui raconte des blagues. Je n’aimais pas être au premier plan, mais c’était le seul moyen de rendre le quotidien agréable et stimulant. Je vivais ça comme une mise en danger, la même poussée adrénaline qu’à la parution de chaque bouquin.

Quelle était ta note au Bac de Français ?

Je crois que ça tournait autour de 12. Je n’ai jamais été un excellent élève, j’étais juste bon et souvent hors sujet, car j’avais trop de choses à exprimer. Au Bac, en philo, j’ai casé Hobbes, Orange Mécanique et les Who dans la même copie, c’est dire … sauf que sur ce coup-là, j’avais eu une bonne note. Comme quoi, tout arrive.

Quand, et comment t’es-tu mis à écrire ? De quoi parlait ta première histoire ? Est-ce qu’elle avait un titre ? A-t-elle été publiée ? Qu’est-ce que tu lisais étudiant ? Quel est le premier polar qui t’a marqué ?

Je me suis mis à écrire après avoir réalisé les limites de mes compétences en dessin, un domaine qui me semblait de toute façon trop restreint pour mes envies. À la même époque, vers 18-19 ans, j’ai découvert Desproges, Camus, Thiéfaine. Mes premiers textes étaient des chroniques humoristiques sur les mœurs, la politique, mais mon écriture a vite évolué et je me suis retrouvé à écrire une nouvelle en 2001 : l’histoire d’une éponge, qui racontait son quotidien. Elle n’a jamais été publiée et c’est sans doute mieux ainsi ! Quant à mes lectures, je suis d’abord passé par les essais politiques avant de me remettre aux romans, et le premier polar à m’avoir marqué est Le grand nulle part d’Ellroy. Rien que de l’évoquer, je ressens les personnages, la lourdeur atmosphérique du récit.

Ellroy ou Connelly ? Ou aucun de ces deux-là… Dans ce cas, qui ? Manchette ou San Antonio ? Chattam ou Thilliez ?

La découverte d’un auteur correspond toujours à une période de l’existence. À 10 ans, Franquin était mon dieu. À 18, je vénérais King. À 25, je ne jurais que par Ellroy … puis, il y a eu Thompson, Céline, Peace et d’autres. Dans l’absolu, je me sens bien plus proche de l’univers d’Ellroy mais Connelly m’avait aussi marqué avec ses intrigues exigentes. Pareil pour Chattam et Thilliez, même si je suis plus sensible à l’écriture de Franck. Si je ne suis pas fan de Chattam, je lui reconnais la même chose qu’à Grangé : qu’on aime leurs univers ou qu’on les déteste, ces deux-là ont facilité l’émergence d’un certain courant dans les années 2000, ce qui a décomplexé de nombreux auteurs dont je fais partie.

Où écris-tu ? Peux-tu décrire l’endroit ? Ce que tu vois devant toi ? Ce qu’il y a autour ? Ton bureau est du genre ordonné ou couvert de post-it ?

J’écris chez moi, dans mon salon, face à la fenêtre donnant sur la cour. Mon bureau est une grande table, ce qui me permet d’étaler mes notes, mes dossiers, mes CD. Passionnant, hein ?

Pour tes romans (Sale temps pour le pays, Adieu demain, Fils de Sam, Jeudi noir…), comment travailles-tu ? Est-ce que tu commences par construire un plan, ou pars-tu à l’aventure ?

J’ai beau être anxieux, toujours dans l’anticipation, je suis spontané en écriture : je me suis lancé dans Sale temps après avoir vu Zodiac (le film de David Fincher) et j’ai conçu Jeudi noir après avoir passée une nuit à regarder le match France-RFA (Coupe de monde à Séville, le 8 juillet 1982). Je travaille beaucoup en amont par le biais d’un dossier d’une quinzaine de pages (structure, personnages, éléments socioculturels), car j’ai besoin de savoir où je vais … toujours ce manque de confiance, mais j’y travaille ! Depuis Jeudi noir, j’apprends à être plus libre : les axes de la deuxième partie du roman - la plus sombre - me sont venus en cours de rédaction. Même évolution pour l’écriture, où je teste de plus en plus de choses. J’en ai besoin.

Propos recueillis via mail par Frédérick Rapilly (1er avril 2015)

* Dont je fais partie, avec Maud Mayeras, Marc Charuel, Olivier Gay, Ghislain Gilberti.

Partie 2 (à venir)

Michael Mention (photo par Lionel Blancafort pour le projet Mine(s) de Polar)

Michael Mention (photo par Lionel Blancafort pour le projet Mine(s) de Polar)

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