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Thrillermaniac

Thrillermaniac

Ce blog est consacré aux polars, thrillers et romans noirs, français ou étrangers. Je publie aussi régulièrement des interviews d'auteurs. Coups de coeur, et parfois (c'est rare !), coups d'aigreur. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ! ;-)


Franck Thilliez : « Adolescent, L’Exorciste m’a traumatisé… »

Publié par thrillermaniac sur 11 Août 2014, 08:53am

Catégories : #Interview, #Polar, #thriller

Discret, presque timide, il est souvent un peu en retrait sur les salons. Et pourtant, l’ancien ingénieur en informatique devenu l’un des auteurs de polars et de thrillers les plus lus en France dédicace à s’en faire mal à la main droite. Toujours avec un mot gentil pour ses lecteurs qu’il prend le temps d’écouter, attentif à leurs réflexions. Dans sa dernière livraison annuelle, Puzzle (Editions Fleuve Noir), cet ancien grand amateur de films d’horreur délaisse un temps son duo d’enquêteurs favoris, Franck Sharko et Lucie Hennebelle, pour un huis-clos en montagne à tendance paranoïaque où l’on devine un hommage autant à Stephen King (Shining), que des allusions à Dennis Lehane (Shutter Island) ou au réalisateur David Fincher (The Game).

Est-ce que tu te souviens du premier livre qui t’ait vraiment marqué ?

J’avais 14 ans, et j’ai pleuré quand j’ai fini de tourner les dernières pages de Misery de Stephen King. Je me souviens du personnage qui rampait sur le sol à la fin. J’en garde encore aujourd’hui un souvenir très fort. Je ne viens pas d’une grande famille de lecteurs. J’ai été élevé dans un milieu plutôt modeste (son père était dans les communications, et sa mère, femme au foyer). J’étais un grand, un très grand consommateur de films d’horreur. Ils me fascinaient. Je les regardais pour les décortiquer et comprendre comment le réalisateur ou le scénariste faisait monter le sentiment de peur. Après, je faisais des cauchemars.

Etais-tu un petit garçon ou un adolescent qui racontait déjà des histoires aux autres ?

Non, par contre, j’adorais que l’on me raconte des histoires. A l’époque, j’étais un garçon solitaire, assez casanier. Plutôt discret. Je crois que je le suis resté en partie aujourd’hui même si je vais signer des livres sur des salons et que je rencontre les lecteurs avec plaisir. A vrai dire, pendant mon adolescence, je faisais surtout du sport, je jouais au tennis.

Et quel genre d’élève étais-tu, en particulier en cours de français ?

Un bon élève, appliqué. J’étais bon en français, je tournais à 14 ou 15 de moyenne mais ce qui m’intéressait, c’était plutôt les mathématiques et les sciences. Ah si, j’adorais les dictées… Normal, j’y voyais des règles de logique à appliquer

Te souviens-tu de tes notes au bac de français ?

J’ai eu 12 à l’écrit et 14 à l’oral. Ce dont je me souviens des cours de français, c’était les lectures imposées : Zola, Balzac… Je détestais ça, ainsi que les dissertations.

Tu écris chez toi, dans ta maison dans le Pas-de-Calais. A quoi ressemble ton bureau ? Que vois-tu de ta fenêtre ?

J’ai longtemps travaillé à l’étage dans une petite chambre de 9 mètres carré, encombrée de livres. Aujourd’hui, j’ai fini d’aménager les combles dans ce que l’on appelle chez moi une maison d’ingénieur des mines (en briques rouges avec un toit pentu). Une grenier bizarroïde en forme de S. J’ai maintenant 40 mètres carré à disposition avec une pièce en trois parties, l’une avec un banc de musculation et un vélo d’appartement mais je ne me sers ni de l’un ni de l’autre, une autre avec mes livres, et une dernière avec mon bureau.

Quels sont tes rituels, tes habitudes d’écriture ?

J’ai adopté des horaires très réguliers, grosso-modo de 8h le matin à 17h le soir avec une grosse pause le midi. J’écris un livre par an. Mon « travail » est très lissé sur la durée, du premier au dernier jour. Il me faut deux à trois mois pour trouver un sujet, autant pour me documenter, et le reste du temps pour écrire le livre. J’en suis à treize romans, je commence donc à avoir une certaine habitude. A mes débuts, je travaillais encore en entreprise. J’écrivais quand je pouvais, la nuit, le week-end. Quand j’ai arrêté mon boulot d’ingénieur voilà six ans, j’ai conservé mes horaires de l’époque.

Qu’est-ce qui a changé depuis, en dehors de cet emploi du temps si régulé que tu as adopté ?

Mon grand plaisir est d’avoir maintenant le temps d’aller voir des gens, de voir comment ils travaillent, d’échanger avec un médecin légiste. Là, par exemple, j’ai passé un bon moment avec des chercheurs de l’Institut Pasteur. J’ai pu les questionner, les observer pendant leurs manipulations.

Quand tu écris, est-ce que tu imagines d’abord les scènes et ensuite tu vas les valider avec des spécialistes, ou…

Je vois ce que tu veux dire. En fait, je n’ai pas de règles. Pour Gataca, je voulais parler de biologie évolutive, je m’intéressais à l’ADN mais je n’arrivais pas à articuler tout cela dans une intrigue. J’ai contacté un chercheur, spécialisé dans les plantes. Je lui ai expliqué mon enquête policière, la violence, l’homme de Cro-Magnon… Il m’a dit : « J’ai peut-être un truc pour vous : les gauchers et la violence… » Et là, tout de suite, j’ai senti que je pouvais en faire la clé de mon intrigue. C’est un exemple parmi beaucoup d’autres.

Quand tu rends visite à ces personnes, est-ce que tu prends des notes, des photos ?

Oui, bien sûr. Je lis aussi beaucoup de documentation. Je surligne des livres. Je me colle des mots-clés.

J’imagine que ton bureau est couvert de post-it…

Avant oui, et c’était un grand bordel. Maintenant, j’utilise un logiciel sur mon ordinateur qui s’appelle Mind Mapping. C’est très visuel. Il fonctionne comme un arbre avec des branches, une pour les personnages, une autre pour les lieux… Je peux y coller des photos, des fichiers son, de l’image vidéo. Cela me sert énormément pour classer mes idées, et m’y retrouver rapidement dans mes documents.

Quand tu commences une histoire, connais-tu forcément la fin ?

Je sais où je vais, vers quoi je tends, mais je ne sais pas comment je vais y arriver. Je me construis une sorte de cartographie avec dix points de passage obligés, j’élabore un chemin de fer, puis des petits synopsis que je revois régulièrement. C’est très itératif comme parcours, avec beaucoup de répétitions, de retours en arrière. Quand je suis lancé, j’écris tous les jours sauf le week-end. Cela va de trois à quatre pages par jour jusqu’à huit ou neuf. Toujours de façon régulière. Je m’arrête souvent pour faire des micro recherches : comment un corps brûle, quel odeur dégage-t-il ?

On voyage maintenant beaucoup dans tes livres : l’Ukraine, les Etats-Unis dans Atomka, l’Egypte dans Le Syndrome E… Te rends-tu sur place ?

Rarement. Pour Atomka qui se passe en partie à Tchernobyl, j’ai visionné une vingtaine de films et de documentaires. Pour la partie qui se passe au Nouveau-Mexique, j’ai tout imaginé puisque je n’ai jamais voyagé aux Etats-Unis. Il y a une scène avec une caravane, un trailer dans le désert : ça, c’est la série Breaking Bad. Par contre, pour Gataca qui se déroule au Brésil, je connais assez bien la jungle pour avoir voyagé en Guyane.

As-tu des rituels d’écriture pour te mettre en condition ?

Non. J’aime bien être le calme. C’est tout. Je n’écoute pas de musique. Je n’ai pas de gimmicks. Quand je bloque, je zappe. Je quitte mon écriture d’un coup en allant surfer sur Internet, en checkant mes mails, et je reviens. Les quatre pages dont je te parlais, je pourrais les écrire en 2 heures mais j’ai besoin de la journée, entrecoupée de ces pauses. A 17h, j’arrête mais l’ordinateur reste allumé, et je me consacre à ma famille.

J’ai lu que tu faisais beaucoup de cauchemars, et que ceux-ci auraient disparu depuis que tu écris. Est-ce exact ?

Oui, c’est vrai. Comme je te disais au début, j’ai vu trop de films d’horreur quand j’étais adolescent. J’avais un vrai besoin d’en regarder. Je ne sais pas pour quelles raisons. Mais dans son genre, L’Excorciste (un film de William Friedkin avec Linda Blair, datant de 1973) m’a traumatisé.

Quand tu inventes tes personnages, t’inspires-tu du physique ou de traits de caractère de personnes dans ton entourage ?

En tous cas, pas consciemment. Pour Sharko, je n’ai pas de visage. Je ne me dis pas que c’est, par exemple, Jean Reno. Il reste une ombre. Pour Lucie, c’est différent. Depuis l’adaptation au cinéma de La Chambre des Morts (en 2007), j’ai le visage de l’actrice Mélanie Laurent en tête. J’ai un peu plus de mal à m’en débarrasser. Pour les personnages secondaires, il m’arrive de m’inspirer de mes rencontres. Là, je pense à un médecin légiste que je connais. Quand j’écris, j’essaie d’entrer dans sa tête, d’imaginer ses réactions.

Et toi ?

Tu veux dire quelle est la part de moi dans Sharko et Lucie ? Je n’ai jamais voulu être policier. J’ai beaucoup de respect pour ce métier, mais ce n’est pas celui dont je rêvais. Forcément, je mets dans mes histoires des caractéristiques qui viennent de mon vécu, de ma personnalité mais Sharko et Lucie ont leur vie propre.

Les droits d’adaptation de plusieurs de tes livres ont été achetés aux Etats-Unis. Sais-tu qui est pressenti pour les incarner ?

Non. La seule chose dont j’ai connaissance, c’est qu’en septembre, le scénario a été fini. En fait, les droits d’adaptation concernent les personnages. J’imagine que l’histoire sera transposée aux Etats-Unis. Je ne sais rien de plus.

Avant de te lancer dans ton premier roman (Conscience Animale, CY Editions en 2002), as-tu consulté des méthodes d’écriture ?

Non. J’ai surtout lu ou relu beaucoup de romans, notamment ceux de Jean-Christophe Grangé ou de Michael Connelly. Je les ai décortiqué pour savoir comment ils faisaient, et je me suis lancé. Pour moi, c’est la meilleure école.

Propos recueillis par Frédérick Rapilly (octobre et décembre 2013)

  • Angor, Fleuve Noir (2014)
  • Puzzle, Fleuve Noir (2013)
  • Atomka, Fleuve Noir (2011)
  • Vertige, Fleuve Noir (2011)
  • Gataca, Fleuve Noir (2011)
  • Le Syndrome E, Fleuve Noir (2010)
  • Fractures, Le Passage (2009)
  • L’Anneau de Moebius, Le Passage (2008)
  • La Mémoire Fantôme, Le Passage (2007)
  • La Forêt des Ombres, Le Passage (2006)
  • Deuils de Miel, La Vie du Rail (2006)
  • La Chambre des Morts, Le Passage (2005)
  • Train d’Enfer pour Ange Rouge, La Vie du Rail (2004)

Conscience Animale, CY Editions (2002)

Thriller, polar, tueur en série, cauchemar
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Gwend0uline 24/07/2014 22:46

Merci pour cette interview. C'est toujours intriguant et intéressant de se pencher un peu plus sur les auteurs qui nous font frissonner :).

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