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Thrillermaniac

Thrillermaniac

Ce blog est consacré aux polars, thrillers et romans noirs, français ou étrangers. Je publie aussi régulièrement des interviews d'auteurs. Coups de coeur, et parfois (c'est rare !), coups d'aigreur. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ! ;-)


Ghislain Gilberti : « J’écris en musique : Nine Inch Nails, Tricky, Massive Attack… » (Interview complète)

Publié par thrillermaniac sur 13 Novembre 2013, 02:18am

Catégories : #Thriller, #Terrorisme, #tueur en série

Crâne rasé, oreilles piercées, un léger accent du nord, Ghislain Gilberti détonne dans l’univers du polar et du thriller d’autant que son premier roman publié, Le Festin du Serpent (Editions Anne Carrière), est un modèle de rigueur. Une mécanique à la Michael Mann (cf. le film Heat) avec une intrigue complexe mais ultra-charpenté mêlant deux affaires très dissemblables, l’une concernant un commando islamiste (An-Naziate) opérant à travers toute l’Europe, l’autre un tueur en série, éventrant des femmes, et les laissant se vider de leur sang dans les baignoires de petits hôtels. Qu’est-ce qui lie ces deux enquêtes ? Avec ce premier roman publié au printemps 2013, Ghislain Gilberti impressionne. Vu la masse des données brassées, on s’attendait au minimum à un ancien flic, à un agent des forces spéciales retiré du service, pas vraiment à un autodidacte, parolier du groupe de dark-metal Malevolentia…

Quel est le premier livre qui t’ait vraiment marqué ?

Les Misérables de Victor Hugo. J’avais six ans.

Vraiment ?

Oui, j’en suis certain. Mon père qui tenait un bar m’empêchait de lire, ce n’était pas dans sa culture. Je le faisais en cachette chez ma grand-mère. Plus tard, je me souviens de la découverte et du choc de La Divine Comédie de Dante. J’étais un peu plus vieux, quelque chose comme dix ans. Je l’ai lu, et relu. En vers, en prose… Je l’ai dévoré dans pas moins de six traductions différentes. Je regrette une chose, alors que je suis d’origine italienne, je ne suis pas capable de lire le texte dans sa version d’origine (il est en langue dite vulgaire florentine, et aurait été composé entre 1307 et 1321).

Est-ce que tu te souviens d’un moment-clé dans l’un de ces livres qui t’ait frappé, enfant ?

Chez Victor Hugo, il y a une longue scène de description avec un puits et le personnage de Jean Valjean. Ce qui m’avait marqué, c’est qu’il s’inscrivait dans la scène, l’auteur s’incluait dans le livre. Je voulais comprendre comment il arrivait à créer cet effet.

Etais-tu un petit garçon ou un adolescent qui racontait déjà des histoires aux autres ?

Oui, via la pratique des jeux de rôles. Adolescent, j’étais maître de jeu et j’écrivais des scénarios très documentés pour les autres participants. Plus tard, cela m’a beaucoup aidé dans mon écriture. Il fallait beaucoup lire, se documenter, digérer les informations avant de les restituer dans une histoire.

Quels genres de scénarios t’intéressaient pour ces jeux de rôles ?

Beaucoup d’histoires de vampires. Cela permettait de mélanger les époques, de voyager aussi bien dans le temps que dans la géographie. D’être romantique, violent…

Je suppose que tu as beaucoup lu Anne Rice (Entretien avec un vampire, Lestat, le vampire, La reine des damnés)

Oui, mais pas seulement… Chez moi, j’ai une bibliothèque avec plus de quatre mille huit cent livres, à mon dernier décompte.

Quel genre d’élève étais-tu au collège, au lycée ? Plutôt doué en français ?

Pas spécialement. Comme je te le disais, mon père tenait un bar. Pour lui, les études, ce n’était pas vraiment une priorité. A partir du moment où j’ai eu la tête qui dépassait le comptoir, je me suis retrouvé à travailler. Je n’avais pas le temps de faire mes devoirs. Je me suis retrouvé en B.E.P. d’électronique, avant de devenir pierceur (Ghislain Gilberti travaille aujourd’hui à Belfort comme pierceur). Je me souviens d’une prof de français qui m’avait rendu un devoir avec une mention très bien. Elle m’avait dit : « Gilberti, qu’est-ce que tu fous là ? Qu’est-ce que tu fous là ? » Elle me voyait écrivain.

Et toi ?

J’ai commencé par écrire seul une sorte de roman initiatique baptisé « Crépuscules et Saisons. » Puis, je suis arrivé au bout de mon premier vrai roman, « Dynamique du Chaos », que j’ai offert en téléchargement gratuit.

Quel en était le sujet ?

C’est un roman noir centré sur un couple de toxicos qui s’est séparé. Le personnage masculin est sevré, et vivote en traînant dans les bars, une sorte de sous-culture… Un jour, il se retrouve dans une fête techno et retombe sur son ex, toujours accro. Ils vont se télescoper. Je voulais que cela se sente aussi bien dans le fond que dans la forme. J’ai travaillé en trois parties qui se raccourcissent au fur et à mesure de la lecture, tout comme le champ lexical, la longueur des phrases. Je voulais que l’on ressente une accélération constante au fil de la lecture.

Et comment es-tu venu au polar/thriller ?

Par hasard. Ou plutôt, c’est ma femme qui m’a guidé dans cet univers. J’ai décidé d’en écrire un. J’ai commencé par me documenter deux ans durant, en passant de la procédure pénale à la victimologie ou à la synergologie (une discipline qui permet de comprendre l’état d’esprit d’une personne à partir de son langage corporel). J’avais besoin de passer par cette étape pour le réalisme du Festin du Serpent. Ensuite, j’ai créé des fiches sur mon PC pour chacun de mes personnages avec leur poids, leur taille, leurs compétences dans le maniement des armes, les tatouages qu’ils portaient ou non…

Ce souci du détail est quasi-obsessionnel. Il t’arrive d’aller très loin dans tes recherches ?

C’est vrai que si un personnage utilise une arme comme un 9mm, je fais des tests pour savoir si la scène que j’ai en tête est plausible, réaliste. Je chronomètre les temps de parcours, je rédige de faux PV d’enquête, je punaise des cartes d’Etat-major des lieux que je décris et je les affiche dans ma maison. Si tu relis Le Festin du Serpent tu verras que chaque tête de chapitre est datée précisément, et localisée….

As-tu des rituels d’écriture, des tics, des habitudes ?

Je travaille chez moi, dans une pièce avec tous mes livres autour de moi, un cahier de notes. C’est un peu le chaos, mon chaos… J’écris sur un bureau posé contre la fenêtre. Elle donne sur la ville de Belfort. Je vois d’ailleurs le Lion de Belfort par l’ouverture (une statue en hommage à la résistance contre les Prussiens, érigée au pied de la Citadelle). Ma routine de tous les jours, c’est de me lever à 4h30. Je fais quelques pompes, des exercices… Puis, je m’installe devant mon ordinateur vers 5h30, et j’écris jusqu’à 12h. Si ma femme est là, je déjeune avec elle. Sinon, je continue jusqu’à 14h. Là, je pars au boulot. En écrivant le matin, j’ai la sensation de monter vers l’éveil.

Est-ce que tu écoutes de la musique en travaillant ?

Toujours. J’écris en musique, souvent répétitive. Cela va pour Dynamique du Chaos et Le Festin du Serpent de Nine Inch Nails à Ministry, en passant par de l’electro minimale. Ou aussi du trip-hop genre Tricky, Morcheeba, Portishead, Massive Attack.... Je ne l’écoute pas très fort. Et quand je reprends un chapitre le lendemain, je remets le même morceau pour être dans le bon mood.

Lorsque tu commences à écrire, est-ce que tu t’inspires pour tes personnages de ton entourage, d’acteurs de séries télé, de films, ou au contraire les crées-tu ex-nihilo ?

Au départ, ce sont toujours des gens que je connais. Je modifie un détail physique, je distors un peu la réalité, je change les prénoms ou les noms… Pas toujours, d’ailleurs. Cela permet d’éviter les clichés, comme celui du flic forcément violent. Et puis, j’ai la « chance » les pires raclures de l’Est de la France. Pour le personnage du Serpent, je n’ai eu qu’à piocher dans ma réalité puisque j’avais pas mal fréquenté une sorte de dealer qui pouvait être adorable un moment et changer d’humeur en une seconde, brandir un flingue… Un type réellement effrayant.

Quel est ton rythme d’écriture aujourd’hui ?

J’avais prévu de sortir un livre par an. Finalement, ce sera plutôt un roman tous les ans et demi. Pourtant, j’ai une trilogie qui est déjà prête dans mes tiroirs. D’ailleurs, Le Festin du Serpent en est en quelque sorte le tome zéro.

Et la suite ?

Petit scoop : elle a pour titre Les Deux Corps du Mal. C’est une allusion à une expression ancienne, les deux corps du roi, qui désignait son corps régnant et son corps éthéré. Mes héros, Ange-Marie Barthélémy et Cécile Sanchez, vont affronter deux personnages très différents. L’un, est un terroriste, un mercenaire qui pose des bombes là où cela lui rapporte un maximum de thunes. Il est charismatique, clinquant. L’autre est un être solitaire, difforme, qui vit sous terre dans les carrières de Paris. Mes deux flics vont enquêter chacun de leur côté avant que leurs affaires finissent par se rejoindre. La sortie est prévue aux Editions Anne Carrière en octobre 2014.

Si je te demande quel est le livre que tu aurais aimé avoir écrit, tu me réponds…

Le Festin Nu de William Burroughs. Il l’a écrit sans s’en rendre compte lors de son séjour à Tanger au Maroc, et l’a quasiment découvert en l’ouvrant. Il y a deux autres livres : L’Ombilic des Limbes d’Antonin Artaud, et Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll. Il y a dans ce dernier au moins dix niveaux de lectures différents. Je suis d’ailleurs en train de réécrire ma propre version d’Alice avec tout ce que l’on sait sur Carroll aujourd’hui, notamment sa pédophilie.

Si Le Festin du Serpent était porté sur grand écran, as-tu déjà songé à un casting idéal ?

Carrément ! D’ailleurs, le roman intéresse déjà un scénariste. Je verrai soit Joey Starr dans le rôle d’Ange-Marie Barthélemy, et Ray Liotta dans celui de l’Archange. Pour celui de Cécile Sanchez, je me suis inspiré de ma femme. Elle est infirmière en unité psychiatrique.

En polar ou thriller, quelles lectures t’ont marquée ?

La trilogie Millénium de Stieg Larsson. Une nuit, je me souviens avoir balancé le 2ème tome après avoir été jusqu’à la moitié du livre en me disant : « C’est bon, j’arrête d’écrire. D’autres le font beaucoup mieux que moi. »

As-tu douté que tu arriverais à finir l’écriture de ton premier polar ?

Oui, quand j’ai découvert qu’il existait déjà une série télé, Lie to me, dont le héros était un spécialiste de la synergologie. Je me suis dit que je sortirai avec un sacré train de retard en librairie. Et puis, je m’y suis remis…

Propos recueillis par Frédérick Rapilly (octobre/novembre 2013)

  • Le Festin du Serpent, éditions Anne Carrière, 555 pages
  • Dynamique du Chaos, disponible en téléchargement gratuit
Ghislain Gilberti : « J’écris en musique : Nine Inch Nails, Tricky, Massive Attack… »  (Interview complète)

Commenter cet article

Julia 15/11/2013 16:04

une réussite sur tout les point et même mieux que chattam qui es pourtan un auteur que je lit tout ces roman. histoire géniale et fin a coupé le soufle, c'est un livre a lire plusieur fois pour bien l'aprrecié. jeté vous sur se livre ! c'est du genie

Manik 15/11/2013 04:17

Un auteur à lire et à relire en attendant la suite de ce premier roman fabuleux.
A suivre de pres !!!!

Collectif Polar 13/11/2013 05:34

Merci de nous faire découvrir ce jeune talent singulier, cher Frederick. Il a vraiment une patte et une plume que l'on va apprendre à reconnaitre dans le petit monde du polar. Une signature dans l'écriture.

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